La vulgarisation créative et les infographies

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Monday, February 22, 2021
Natasha Vitkin

Introduction

Les professionnels de la santé environnementale œuvrent à protéger et à améliorer la santé publique en relevant, en évaluant, en surveillant, en prévenant et en atténuant les dangers environnementaux. Les praticiens et praticiennes de ce domaine jouent d’autres rôles essentiels, soit communiquer les risques pour la santé et les moyens de les réduire. Le contenu de leurs messages doit être à la fois valide, clair et succinct.

Les infographies (aussi appelés « documents infographiques ») sont pratiques, car elles permettent de combiner des éléments visuels et textuels. Elles suscitent de plus en plus d’intérêt depuis 2010 : selon Google, les recherches d’infographies sont 50 fois plus nombreuses qu’auparavant. Aujourd’hui, beaucoup d’organismes établis du domaine de la santé, dont l’OMS, l’ASPC et Statistique Canada, s’en servent pour aider leur lectorat à assimiler rapidement des informations complexes. Vu leur efficacité comme outils de vulgarisation, il est de plus en plus important pour les professionnels de la santé de savoir diriger un projet d’infographie.

Pourquoi utiliser des infographies pour communiquer des informations?

Des recherches en psychologie ont démontré que la majorité des gens apprenaient mieux avec une combinaison de mots et d’images qu’avec des mots seuls. Il est globalement plus facile de se rappeler des informations mémorisées en tant qu’éléments visuels et verbaux.2 De plus, pour bien assimiler une notion, il faut trier les données dans une structure logique et faire des liens entre les données et les connaissances préexistantes.1,3 Les infographies sont l’outil idéal à cet égard : elles présentent des relations et des idées complexes en combinant du texte concis et des images claires.4

D’après trois revues systématiques récentes, le recours à des pictogrammes et à des graphiques pour transmettre des informations sur les risques pour la santé a amélioré la compréhension chez les populations au faible niveau de scolarité.5-7 Les infographies s’utilisent pour aider les collectivités à comprendre le processus d’évaluation des risques en santé environnementale, dans une optique d’accessibilité et de transparence.8 Quand on leur a présenté une infographie du gouvernement sur l’évaluation des risques, les participants à l’étude qui vivaient près de sites d’élimination de déchets dangereux ont regardé les images en premier et se sont ensuite reportés au texte.8 Il a été bénéfique pour la collectivité de se faire présenter un survol concis et digeste du processus d’évaluation des risques plutôt qu’un long rapport inaccessible aux personnes sans bagage scientifique.8

Les données des études sur la communication des risques démontrent que les risques invisibles et contrôlables d’origine naturelle sont perçus comme étant moins importants que les risques catastrophiques, observables et incontrôlables d’origine humaine.9 Ces résultats sont étayés par des preuves empiriques. Songez à la sensibilisation du public aux dangers de l’exposition aux radiations provenant du radon comparativement à la catastrophe de Tchernobyl. Les dangers environnementaux étant souvent difficilement perceptibles (p. ex. rayons UV du soleil, arsenic, plomb), il peut être difficile d’inciter le public à l’action, même s’il s’agit pourtant d’enjeux majeurs pour la santé humaine. C’est là que les infographies peuvent être plus convaincantes que les mots seuls pour véhiculer les informations importantes et amener des changements comportementaux bénéfiques. Par ailleurs, les infographies se prêtent mieux à la diffusion en ligne que les textes, et peuvent donc atteindre rapidement et efficacement un vaste public.10,11 Cette fonction est déterminante, surtout lorsque des réactions comportementales peuvent vite réduire les risques (p. ex. fumée d’un feu).

Créer de meilleures infographies

Si les infographies peuvent être utiles, certaines sont meilleures que d’autres. Les infographies mal conçues peuvent être source de distraction, de confusion ou de frustration, voire amener le lectorat à rejeter des concepts importants.12 Pour vous en convaincre, comparez les figures 1 et 2. La première est mal ciblée et visuellement chargée; les polices détournent l’attention, et le message véhiculé n’est pas clair. La deuxième, quant à elle, a un fil directeur, une palette cohérente et unifiée ainsi que des images simples mais évocatrices.

Figure 1 : Infographie sur le radon présentant des erreurs courantes (à éviter)

Bad infographic example

Figure 2 : Infographie claire et accessible sur le radon (à faire)

Good infographic example

Que vous comptiez créer votre infographie vous-même ou faire appel à une ou un graphiste, tenez compte des points suivants :

Tableau 1 : Quoi faire et quoi éviter dans une infographie

Sujet

À faire

À éviter

Créer les principaux messages en pensant à votre lectorat cible.

  • S’en tenir à un maximum de trois points principaux, données à l’appui13.
  • Viser le niveau de lecture d’un élève de cinquième année14.
  • Y aller d’une mise en contexte simple4.
  • Ajouter des informations non pertinentes et ainsi empêcher les points importants de bien ressortir15.
  • Oublier à qui l’on s’adresse.
  • Employer du jargon.

 

Travailler avec le lectorat cible.

  • Consulter rapidement son public pour que les messages soient compréhensibles et culturellement adaptés4.
  • Si possible, organiser des discussions de groupe ou des entrevues pour recevoir des commentaires détaillés16.

 

  • Supposer qu’un même format conviendra à tous. L’interprétation de la lectrice ou du lecteur varie selon différents facteurs (p. ex. étape de la vie, connaissances, études)16.

Décrire clairement les risques.

  • Utiliser des mesures relatives plutôt qu’absolues5.
  • Dresser des comparatifs avec des risques familiers (p. ex. accident de voiture)5.
  • Simplifier les nombres et laisser tomber les décimales superflues.

 

  • Altérer ou embellir les graphiques. Ce « bruit graphique » peut nuire à la compréhension des lectrices et lecteurs au faible niveau de littératie2.
  • Utiliser trop de nombres. Mieux vaut ne garder que les plus importants.

 

Concevoir des compléments visuels.

  • Chercher l’uniformité dans les polices, les couleurs et les éléments visuels13.
  • Utiliser de trois à cinq couleurs bien visibles pour les personnes daltoniennes4.

 

  • Utiliser des couleurs contraires aux normes socioculturelles (p. ex. bleu pour chaud, rouge pour froid)17.
  • Utiliser trop de couleurs. Essayez plutôt des nuances de la même couleur.

 

Conclusion

Songez à ajouter les infographies à votre arsenal de communication en santé environnementale. Lorsqu’elles sont bien planifiées et bien conçues, elles peuvent améliorer la communication d’informations sur la santé. Par contre, si elles sont mal pensées, elles peuvent susciter de la confusion ou induire en erreur. Commencez par définir un message succinct, concis et adapté à votre public. Allez-y de versions successives, et si vous engagez une équipe de conception, veillez à ce que les couleurs et les images soient dans le ton. La liste de ressources suivante peut être un bon point de départ. Vous y trouverez des programmes de conception et d’infographie et des outils pour créer des messages clairs.

Ressources – Programmes pour créer des infographies

Ressources – Outils pour créer des messages clairs et améliorer la conception

Références

  1. Mayer R (ed.). The Cambridge Handbook of Multimedia Learning. Cambridge University Press: Cambridge, 2014 doi:10.1017/CBO9781139547369.
  2. Paivio A. Dual coding theory: Retrospect and current status. Canadian Journal of Psychology/Revue canadienne de psychologie 1991; 45: 255–287.
  3. Wittrock MC. Generative Processes of Comprehension. Educational Psychologist 1989; 24: 345–376.
  4. Dunlap JC, Lowenthal PR. Getting graphic about infographics: design lessons learned from popular infographics. Journal of Visual Literacy 2016; 35: 42–59.
  5. Garcia-Retamero R, Cokely ET. Designing Visual Aids That Promote Risk Literacy: A Systematic Review of Health Research and Evidence-Based Design Heuristics. Human Factors: The Journal of the Human Factors and Ergonomics Society 2017; 59: 582–627.
  6. Sheridan SL, Halpern DJ, Viera AJ, Berkman ND, Donahue KE, Crotty K. Interventions for individuals with low health literacy: A systematic review. Journal of Health Communication 2011; 16: 30–54.
  7. Zipkin DA, Umscheid CA, Keating NL, Allen E, Aung K, Beyth R et al. Evidence-based risk communication: A systematic review. Annals of Internal Medicine 2014; 161: 270–280.
  8. Kaufmann D, Ramirez-Andreotta MD. Communicating the environmental health risk assessment process: formative evaluation and increasing comprehension through visual design. Journal of Risk Research 2019; : 1–18.
  9. Slovic P, Fischhoff B, Lichtenstein S. Why Study Risk Perception? Risk Analysis 1982; 2: 83–93.
  10. Nahrisah P, Somrongthong R, Viriyautsahakul N, Viwattanakulvanid P, Plianbangchang S. Effect of Integrated Pictorial Handbook Education and Counseling on Improving Anemia Status, Knowledge, Food Intake, and Iron Tablet Compliance Among Anemic Pregnant Women in Indonesia: A Quasi-Experimental Study. Journal of Multidisciplinary Healthcare 2020; Volume 13: 43–52.
  11. Thoma B, Murray H, Huang SYM, Milne WK, Martin LJ, Bond CM et al. The impact of social media promotion with infographics and podcasts on research dissemination and readership. Canadian Journal of Emergency Medicine 2018; 20: 300–306.
  12. Griffin J, Wright P. Older readers can be distracted by embellishing graphics in text. European Journal of Cognitive Psychology 2009; 21: 740–757.
  13. Nersesian S, Vitkin N, Grantham S, Bourgaize S. Illustrating your research: design basics for junior clinicians and scientists. BMJ 2020; 370: m2254.
  14. Wang LW, Miller MJ, Schmitt MR, Wen FK. Assessing readability formula differences with written health information materials: Application, results, and recommendations. Research in Social and Administrative Pharmacy 2013; 9: 503–516.
  15. Sanchez CA, Wiley J. An examination of the seductive details effect in terms of working memory capacity. Memory and Cognition 2006; 34: 344–355.
  16. Nicholson-Cole SA. Representing climate change futures: A critique on the use of images for visual communication. Computers, Environment and Urban Systems 2005; 29: 255–273.
  17. Crameri F, Shephard GE, Heron PJ. The misuse of colour in science communication. Nature Communications 2020; 11: 1–10.

 

Biographie de l’autrice

Natasha Vitkin a obtenu en 2018 sa maîtrise en onco-immunologie à l’Université Queen’s, à Kingston, et a terminé en 2020 sa maîtrise en santé publique à l’Université Simon Fraser, à Burnaby. Elle se passionne pour les stratégies de vulgarisation visuelle qui favorisent l’équité et améliorent la santé de la population. Elle est analyste d’évaluation pour Cathexis Consulting et assistante de recherche pour l’équipe de recherche appliquée en santé sexuelle et mentale de l’Université Simon Fraser. Elle a aussi travaillé dans le domaine du graphisme.