Présence de contaminants dans le cannabis illégal : informons les consommateurs!

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Wednesday, February 19, 2020
Angela Eykelbosh

La légalisation du cannabis, en 2018, visait entre autres à couper les vivres au crime organisé en lui retirant les revenus de la vente illicite de cannabis. La milieu de la santé publique a largement appuyé l’initiative, soutenant que la légalisation déstigmatiserait la consommation et lui donnerait la possibilité de parler de la réduction des risques (et des traitements possibles quand la consommation devient problématique) de façon ouverte et proactive. L’instauration d’une réglementation et d’une surveillance allait également garantir la qualité des pratiques de production, l’analyse de la marchandise et une amélioration générale de la connaissance du produit par le consommateur.

Or, plus d’un an plus tard, c’est seulement 28 % des consommateurs de cannabis du pays qui s’approvisionnent uniquement à des sources légales, et 41 % partiellement. La situation peut s’expliquer par la confusion de certains acheteurs quant aux sources légales et illégales ainsi que par la capacité du marché noir à utiliser les emballages colorés, à livrer au-delà des frontières nationales et à offrir toutes sortes d’incitatifs à l’achat.

Comme de plus en plus de Canadiens essaient le cannabis, la persistance de l’achat sur le marché noir inquiète, d’abord en raison de l’exposition potentielle des consommateurs à des substances nocives. Selon une revue systématique récente, on a détecté des pesticides, des microbes, des métaux lourds et d’autres adultérants dans divers produits de cannabis; cela dit, on ne connaît pas les effets à long terme de l’exposition à ces substances. En Oregon, même la production légale se fait parfois avec des produits chimiques non autorisés et très dangereux, ce qui montre qu’il faut réglementer strictement l’industrie et surveiller de près ses pratiques (comme c’est le cas au Canada). L’apparition soudaine de cas de lésions pulmonaires associées au vapotage, d’abord chez nos voisins du Sud et maintenant ici, est une autre preuve des dangers que présentent les additifs tels que l’acétate de vitamine E et les autres agents épaississants ajoutés aux liquides à vapoter non réglementés.

En outre, les acheteurs de cannabis illicite n’obtiennent pas nécessairement les taux de cannabinoïdes pour lesquels ils ont payé. Mais les produits légaux ne sont pas non plus à l’abri de ce problème : le motif de rappel de produits de cannabis le plus fréquent est la fausse représentation du taux de THC ou de CBD réel sur l’étiquette. Si la surreprésentation est malhonnête pour le consommateur, la sous-représentation, elle, peut avoir de lourdes répercussions en cas de consommation excessive. Dans une étude récente, le Centre de contrôle des maladies de la Colombie-Britannique s’est penché sur les appels en lien avec le cannabis reçus par le centre d’information sur les médicaments et poisons, et a relevé une augmentation des empoisonnements attribuables aux produits comestibles et aux « médicaments » à base de cannabis entre 2013 et 2018, possiblement due à l’absence de doses normalisées et d’étiquetage des produits illégaux.

Bien que les renseignements soient incomplets et parfois faux, les analyses des produits de cannabis illicites au Canada sont très rares, voire inexistantes. Dans ce contexte, il est difficile pour le milieu de la santé publique de parler des risques aux consommateurs. Le cannabis illégal contient-il plus de résidus de pesticides que les produits autorisés? À quel point l’information sur l’étiquette est-elle fiable? Quels additifs potentiellement néfastes pour la santé de l’humain sont ajoutés?

La légalisation a lamentablement échoué à tuer le marché noir, et la grande accessibilité des produits non réglementés et non testés soulève des enjeux de santé publique importants. Pour remédier à la situation, il faut obtenir plus d’information sur le cannabis illégal, laquelle servira à guider les activités de santé publique (comme les évaluations des risques pour la santé et la prestation de conseils par les centres antipoison) et permettra aux consommateurs de prendre des décisions en toute connaissance des risques.

Pour accéder à plus de ressources sur le cannabis, dont notre très regardée vidéo Growing Cannabis Safely at Home [Culture de cannabis sans risque à domicile], consultez notre page thématique sur le cannabis.